Activité physique et santé : recommandations pour la population

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Le niveau habituel d’activité physique est maintenant reconnu comme un des déterminants importants de l’état de santé des individus et des populations à tous les âges de la vie, en association avec les autres comportements de santé (incluant les habitudes alimentaires).

« Activité physique et santé : recommandations pour la population » - Crédit photo : www.ulg.ac.be La pratique régulière d’une activité physique ou sportive, même d’intensité modérée, est en effet associée à une réduction de la mortalité et à la prévention des principales pathologies chroniques de l’adulte (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, certains cancers, etc.) (1-5). Les connaissances sur la relation entre la quantité d’activité physique (la « dose ») et ses conséquences sur la santé (la « réponse ») sont à la base des recommandations d’activité physique pour la population générale (3-5).

Bénéfices pour la santé de l’activité physique : la courbe dose-réponse

Il existe une relation inverse établie entre l’activité physique et la mortalité toutes causes. En comparant les sujets les plus actifs aux sujets les moins actifs, la réduction moyenne du risque dans les études est de l’ordre de 30 %. Cette relation est retrouvée dans les deux sexes et aussi bien chez les sujets d’âge moyen que chez les sujets de plus de 65 ans. Cette relation dose-réponse inverse concerne d’abord le volume total d’activité physique (dépense énergétique totale liée à l’activité physique pouvant être envisagée comme le produit de l’intensité de l’activité par sa durée et sa fréquence).

Une diminution importante de la mortalité a également été observée chez des adultes initialement inactifs qui améliorent leur capacité cardiorespiratoire au cours du temps, en comparaison avec ceux restant inactifs. Cet effet protecteur incite à l’élaboration et au développement d’actions de promotion de l’activité physique au quotidien tout au long de la vie. Enfin, la relation entre activité physique et mortalité totale paraît indépendante de la corpulence et s’applique donc aux sujets en surpoids ou obèses comme à ceux de poids normal.

Il est maintenant établi qu’il existe une relation inverse entre l’activité physique et la morbidité cardiovasculaire, en particulier pour les cardiopathies ischémiques. En comparant les sujets les plus actifs aux sujets les moins actifs, la réduction moyenne du risque dans les études est de 20 à 35%. Comme pour la mortalité totale, cette relation dose-réponse inverse concerne d’abord le volume total plus que l’intensité de l’activité physique. Il faut souligner que la réduction de morbidité coronarienne qui peut être attendue de la pratique d’une activité physique régulière est comparable à celle obtenue par modification d’autres habitudes de vie, tel l’arrêt du tabac, ou d’autres facteurs de risque, telle l’hypercholestérolémie.

Les mécanismes expliquant les effets bénéfiques de l’activité physique sur le risque cardiovasculaire relèvent à la fois d’actions directes sur le système cardiovasculaire et d’actions indirectes, principalement par la réduction du niveau de nombreux facteurs de risque. Dans le domaine des pathologies métaboliques, il a été démontré qu’une intervention portant sur le mode de vie, incluant une activité physique régulière et au moins modérée et des conseils d’équilibre alimentaire, permet de prévenir ou de retarder l’apparition d’un diabète de type 2.

Un grand nombre d’études d’observation indiquent que les sujets physiquement actifs ont un risque diminué d’incidence et de mortalité par cancer tous sites confondus, chez l’homme comme chez la femme. Il existe une relation inverse établie entre l’activité physique et la survenue du cancer du sein (chez la femme) et du colon (dans les deux sexes). En comparant les sujets les plus actifs aux sujets les moins actifs, la réduction moyenne du risque dans les études est de l’ordre de 30% pour le cancer du colon et de 20% pour le cancer du sein.

Une relation dose-réponse inverse est donc établie pour le risque de mortalité toutes causes confondues, pour le risque de maladies cardiovasculaires en général et plus spécifiquement d’évènements coronariens, et probablement pour le risque de diabète de type 2. Cette relation dose-réponse activité physique-santé peut prendre différentes formes, la plus simple étant l’aspect linéaire, la plus habituelle étant l’aspect curvilinéaire. De nombreuses données documentent actuellement que des niveaux au moins modérés d’activité physique habituelle apportent déjà un bénéfice substantiel pour la santé : en particulier, le gain le plus important en termes de bénéfices pour la santé est obtenu chez les sujets inactifs qui deviennent au moins modérément actifs (environ 150 minutes par semaine d’activité physique d’intensité modérée en plus de la réalisation des activités quotidiennes) ; le bénéfice supplémentaire, obtenu lorsque le niveau de pratique augmente chez les sujets déjà au moins modérément actifs, est démontré, mais serait de moindre amplitude. Pour les niveaux élevés d’activité physique, le bénéfice potentiel doit aussi être pondéré par les risques d’une pratique très intensive.

Recommandations d’activité physique pour la population : les données récentes

Plusieurs types de recommandations concernant l’activité physique et destinées à la population générale (adulte) ont été diffusés au cours des vingt dernières années, principalement par les autorités de santé des États-unis(3-5). Il est important de souligner que les seuils proposés dans ce type de recommandations sont des simplifications, parfois extrêmes, de relations physiologiques ou physiopathologiques complexes. Toutefois, il s’agit bien de la même démarche conduisant à proposer des définitions ou des seuils d’intervention pour des paramètres comme la pression artérielle ou la glycémie, en considérant souvent qu’une modification pouvant être considérée comme minime du paramètre en question au niveau individuel est susceptible d’avoir de larges répercussions sur l’état de santé au niveau de la population. On peut distinguer deux grands types de recommandations, celles qui visent prioritairement à améliorer la capacité cardio-respiratoire et celles qui ont pour objectif principal d’augmenter le niveau habituel d’activité physique pour améliorer l’état de santé en général, qui sont développées ici.

La recommandation de santé publique en matière d’activité physique correspond actuellement chez les adultes à la pratique d’une activité physique de type endurance (aérobie) au moins d’intensité modérée (comme la marche à un pas soutenu) de 150 à 300 minutes par semaine ou à la pratique d’une activité physique de type endurance (aérobie) d’intensité plus élevée de 75 à 150 minutes par semaine(5). Une combinaison d’activités d’endurance d’intensité modérée et élevée peut également être utilisée pour atteindre le niveau recommandé.

Dans une perspective intégrative, la pratique d’activités d’intensité élevée est complémentaire, ou représente une étape ultérieure dans une progression des individus pour atteindre, ou dépasser, le niveau minimum recommandé. La pratique d’exercices de résistance (musculation) 2 fois par semaine est également encouragée.

Une question fréquemment soulevée est celle de la combinaison d’activités d’intensité modérée et d’intensité élevée permettant d’atteindre le niveau d’activité physique recommandé. En utilisant la notion d’équivalent métabolique ou MET (« metabolic equivalent task », ou multiples de la dépense énergétique de repos), il est habituel de définir l’intensité modérée comme étant entre 3 et 6 METs (c’est-à-dire entraînant une augmentation de la dépense énergétique de 3 fois la dépense de repos de l’individu) et l’intensité élevée au-delà de 6 METs. Selon les recommandations les plus récentes, le niveau à obtenir en combinant activité d’intensité modérée et activité d’intensité élevée est de l’ordre de 500 à 1000 MET-min/semaine(5) (Tableau I). Pour un adulte, atteindre l’objectif de 500 MET-min/semaine correspond à marcher à un bon pas (4,8 km/h) pendant 150 minutes par semaine ou courir (10,5 km/h) pendant 50 minutes par semaine. Il reste cependant à mieux définir comment combiner de façon optimale les activités d’intensité modérée et les activités d’intensité élevée, en fonction des individus (âge, sexe, capacité physique...), en fonction du type d’activités pratiquées et du résultat recherché.

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En France, la limitation de la sédentarité et la promotion d’une activité régulière d’intensité modérée font partie des axes majeurs du Programme National Nutrition Santé (PNNS) mis en place par le Ministère de la Santé en 2001, repris dans la Loi relative à la politique de Santé Publique du 9 août 2004. Les autorités de santé ont ainsi souhaité inclure une incitation à l’activité physique régulière dans la population générale dans le cadre du programme national sur la politique nutritionnelle.

Conclusion

Les nombreux bénéfices pour la santé des activités physiques et sportives fournissent le socle sur lequel ont été élaborées les recommandations d’activité physique pour la population. Les recommandations les plus récentes correspondent à l’approfondissement d’un modèle du type « activité physique - état de santé » et sont centrées sur l’activité physique nécessaire pour diminuer le risque de pathologie chronique en général et cardiovasculaire en particulier.

La notion de progression de pratique qui est incluse dans ces recommandations apparaît tout à fait essentielle. Ces recommandations sont pragmatiques, s’adressent à tous mais plus particulièrement à la catégorie des sujets inactifs ou peu actifs, dans une perspective élargie de promotion de l’activité physique qui concerne tous les professionnels de santé.

Références :

  1. Oppert JM, Simon C, Rivière D, Guezennec CY. Activité physique et santé : arguments scientifiques, pistes pratiques. Paris : Ministère de la Santé (Collection « Les synthèses du PNNS »), 2005.
  2. INSERM. Activité physique – Contextes et effets sur la santé. Paris : Éditions Inserm (Collection Expertise collective), 2008.
  3. U.S. Department of Health and Human Services (USDHHS). Physical Activity and Health: A Report of the Surgeon General. Atlanta, GA : U.S. Department of Health and Human Services, Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Chronic Disease Prevention and Health Promotion, 1996.
  4. Haskell WL, Lee IM, Pate RR, Powell KE, Blair SN, Franklin BA, Macera CA, Heath GW, Thompson PD, Bauman A; American College of Sports Medicine; American Heart Association. Physical activity and public health: updated recommendation for adults from the American College of Sports Medicine and the American Heart Association.Circulation 2007; 116:1081-93.
  5. Physical Activity Guidelines Advisory Committee. Physical Activity Guidelines Advisory Committee Report. Washington, DC: U.S. Department of Health and Human Services, 2008.

(Par le Pr. Jean-Michel OPPERT, Service de Nutrition, Unité Fonctionnelle Activité physique thérapeutique et préventive, Groupe Hospitalier Pitié-Salpêtrière (AP-HP), Université Pierre et Marie Curie-Paris 6, Paris - UMR INSERM U557/INRA/CNAM/P13, Bobigny - Centre de Recherche en Nutrition Humaine Île-de-France - Table ronde « L’activité physique indissociable de la nutrition » - Entretiens de Bichat 2010)

SOURCE : Entretiens de Bichat

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