Activité physique et santé osseuse

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L'activité physique est nécessaire à l'acquisition et au maintien d'une bonne santé osseuse. Elle augmente l'accrétion de l'os lors de la croissance; elle peut retarder sa perte chez l'adulte et le sujet vieillissant, y compris chez la femme après la ménopause; enfin, à tous les âges de la vie, elle orchestre le remodelage osseux en structurant l'architecture de l'os et en renforçant ainsi sa résistance de façon plus que proportionnelle à la simple augmentation de la densité osseuse.

Pour ces raisons, l'activité physique joue un rôle irremplaçable dans l'acquisition du capital osseux et la prévention à court et à long terme de la diminution de la masse osseuse après 25-35 ans. Ce phénomène est responsable chez les personnes vieillissantes de déformations du squelette et surtout de fractures de fragilisation dont la prévalence est élevée et qui ont pour conséquence de réduire leur mobilité et leur autonomie, et qui peuvent, indirectement, hâter leur décès.

L'effet bénéfique de l'activité physique sur la santé de l'os est dû aux contraintes mécaniques qu'elle exerce sur ce tissu, et il n'existe pas actuellement de façon de les mimer, même si des méthodes artificielles qui sont à l'étude pourraient se révéler utiles notamment pour les sujets qui ne peuvent pas faire les exercices nécessaires à l'entretien du tissu osseux en raison de leur état de santé (vibrations de haute fréquence appliquées de façon locale ou au corps tout entier; application de forces latérales ou axiales; contraintes appliquée aux articulations).

Les données récentes sur le mécanostat du tissu osseux qui détecte les contraintes auxquelles il est soumis montrent que le rôle central serait joué par des structures membranaires et le cytosquelette des ostéocytes. Elles seraient stimulées par les déformations de ces cellules dues aux variations de pression hydrostatique ou du flux de liquide, induites par les forces s'exerçant sur l'os, à l'intérieur des canalicules de la matrice osseuse où les ostéocytes sont logés.

Les mécanismes déclenchés par ces signaux et leur coordination mettent en jeu la transmission de l'information par les jonctions communicantes et des messagers locaux, la modification de l'expression génique et l'inhibition de l'apoptose des ostéoblastes via plusieurs cascades de signalisation qui ne sont pas encore totalement identifiées. Le résultat final est la prolifération des ostéoblastes et l'augmentation de la synthèse de la matrice extracellulaire et de sa minéralisation.

Les effets bénéfiques de l'exercice physique sur la densité et la qualité de l'os sont mis en évidence de façon concordante par de nombreuses études épidémiologiques et des études d'intervention. Comme pour les autres mesures préventives visant à améliorer la santé de l'os à travers tous les âges de la vie, l'effet de l'exercice est le plus important lors de la constitution du capital osseux autour de la puberté.

Chez l'adulte, l'effet est plus modéré et pourrait même être faible au niveau de certains sites vulnérables comme le col du fémur. Les activités qui paraissent les plus efficaces comprennent des exercices dynamiques imposant des mises en charge de l'os intenses notamment les exercices où le poids est supporté (courses, sauts, sports collectifs, tennis) ainsi que les exercices de musculation dynamique.

À l'inverse, les activités où le poids est supporté (cyclisme, natation, aviron, etc.) et les exercices isométriques ne semblent pas avoir d'effet ostéogénique. De plus, le mécanostat est très vite saturé par une augmentation de la contrainte et l'os répond donc mieux à des séances d'exercice fréquentes plutôt que prolongées.

(Par le Pr François Peronnet, Professeur émérite, département de kinésiologie, Université de Montréal - XIXème Rencontres Scientifiques de Nutrition de l'Institut Danone)

SOURCE : Institut Danone

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