Acides gras saturés : la guerre est finie

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La guerre du « gras » conduite aux Etats-Unis depuis 37 ans est remise en question par des scientifiques dans un dossier du Time Magazine de cette semaine intitulé : « Mangez du beurre. Les scientifiques ont fait du gras un ennemi, pourquoi avaient-ils tort ? » Qu’en est-il ? Une contribution intéressante pour alimenter les réflexions autour des politiques de prévention nutritionnelle en France.

Une vraie révolution nutritionnelle aux Etats-Unis

C’est en 1977 qu’aux Etats-Unis la guerre est déclarée au gras et plus particulièrement aux acides gras saturés accusés de tous les maux. Trente-sept ans plus tard les chercheurs américains remettent en question toutes ces années de « lipophobie », qui ont mis au banc de l’alimentation les oeufs, la viande et les produits laitiers. Nombreux sont les spécialistes qui s’accordent aujourd’hui pour dire que supprimer le gras ne fait même pas maigrir.

Au contraire, par effet de compensation, cette privation conduit à un déséquilibre alimentaire responsable à son tour d’une augmentation de l’obésité et du diabète de type 2. « La myopie focalisée sur le gras a perverti l’alimentation des Américains, et a contribué à la plus grande crise sanitaire à laquelle les Etats-Unis ont à faire face aujourd’hui » prévient le journaliste du Time [1].

Bannir les acides gras saturés (AGS) en bloc : la fin d’un dogme

Selon le Dr Walter Willet, Chef du département de nutrition de la Harvard School of Public Health, dès 1990, les messages « anti-gras » étaient tellement ancrés dans la médecine et la nutrition qu’il était impossible de remettre en question ce consensus. « Il y avait une forte croyance selon laquelle les acides gras saturés causaient des maladies cardiovasculaires, et il y avait une forte résistance à tout ce qui l’interrogeait » déclare-t- il dans Time Magazine. Dans cet environnement, où discuter de la complexité des effets des acides gras saturés c’était contester l’évidence, consommer du gras est même devenu un péché dans la culture alimentaire américaine.

Mais depuis 2010, deux méta-analyses (dont une [2] publiée en 2014 concernant plus de 500 000 sujets) ont démontré une absence de lien entre le risque cardiovasculaire et la consommation d’AGS ou de polyinsaturés, classiquement considérés comme bons pour le coeur. Certains AGS seraient même bons pour la santé ; ainsi, la matière grasse laitière est associée à un plus faible risque cardiovasculaire [3].

En France, dès 2010, l’ANSES avait déjà pris en compte le rôle et la diversité des AGS. Les nouveaux Apports Nutritionnels Conseillés (ANC) revoyaient à la hausse la part des lipides dans l’apport énergétique (35 à 40 % au lieu de 33 %) : le « trop peu » de gras pouvant être aussi préjudiciable que le « trop » de gras.

Attention aux effets pervers des politiques de prévention nutritionnelle

La moralisation, la diabolisation, la médicalisation de l’alimentation peuvent induire des effets pervers. L’heure est à nouveau au bon sens, à l’équilibre alimentaire, au goût et au plaisir, qui sont d’autres facteurs puissants de la régulation du « bien manger ». Et comme le dit le Dr David Katz, Directeur du Centre de recherche pour la prévention contre le cancer de Yale University, « la vérité vraie c’est que la seule façon de bien manger est …. de bien manger ».

Références

  1. « Eat butter. Scientists labeled fat the enemy. Why they were wrong» Time Magazine du 23 juin 2014.
  2. Association of dietary, circulating, and supplement fatty acids with coronary risk: a systematic review and meta-analysis. Chowdhury R et al. Ann Intern Med. 2014 ;160(6):398-406. doi: 10.7326/M13-1788.
  3. Dietary intake of saturated fat by food source and incident cardiovascular disease: the Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis. de Oliveira Otto MC, et al. Am JC lin Nutr 2012; 96 (2): 397-404.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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