Acides gras saturés : ce que disent vraiment les études

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C’est un pavé dans la mare des recommandations nutritionnelles que lance un chercheur néerlandais. D’un côté, observe-t-il, il y a les résultats des nombreux essais scientifiques qui étudient la relation entre acides gras saturés et les maladies cardiovasculaires. D’un autre côté, il y a les avis des comités d’experts. Problème : très souvent, ces avis « noircissent » les saturés et ignorent ou contredisent les travaux scientifiques !

Le département de nutrition et de diététique de la High School de Arnhem et Nimègue (Pays-Bas) peut s’enorgueillir d’avoir un lecteur très attentif : Robert Hoenselaar, qui signe un article [1] décapant dans la prestigieuse revue scientifique Nutrition, s’est donné la peine de dépouiller la littérature scientifique sur acides gras saturés et maladie cardiovasculaire. Il a comparé ses conclusions aux « guidelines » sur les acides gras publiés par trois organismes américains et européens [2]. Et il s’étonne : « Beaucoup de résultats de la littérature scientifique sont absents des rapports d’experts ». Le chercheur en donne trois exemples.

Les saturés et le taux de cholestérol

Publiée en 2003, la « méta-analyse » (ou synthèse) de 60 essais contrôlés ne livre aucune certitude sur le type d’acides gras en rapport avec le risque coronarien. Remplacer les saturés par des glucides influe négativement sur les taux de cholestérol. Rien ne dit que changer d’acides gras modifie le risque cardiovasculaire.

Pourtant, seulement un des 3 rapports examinés (celui de l’EFSA) inclut ces résultats. Les deux autres mentionnent des résultats antérieurs (basés sur seulement 27 études) et ne prennent pas en compte les résultats de la majorité des essais. L’accent est mis sur le fait que les saturés augmentent le LDL (« mauvais » cholestérol). Seulement 2 rapports mentionnent qu’ils augmentent aussi le « bon » cholestérol (HDL). Et tous négligent le fait que c’est le rapport cholestérol total/ cholestérol HDL qui est le plus fort marqueur de risque cardiovasculaire !

Remplacer les saturés par des polyinsaturés ?

14 essais ont été publiés. Ils ne permettent pas de conclure que cette substitution diminuerait les événements cardiovasculaires. Un rapport seulement parle de cette substitution, en citant 3 articles au lieu de 14.

Les études sur les effets cardiovasculaires des saturés

Il existe au moins 3 synthèses sur la relation directe entre acides gras saturés et maladies cardiovasculaires. Aucune ne montre que modifier les apports de saturés changerait le risque.

Les rapports d’experts ne prennent pas en compte les résultats de la majorité des études. L’un dit que la plupart des études incriminent les saturés : en se basant sur 2 études sur 9 ! Un autre rapport conclut qu’il faut remplacer les saturés par des glucides ou des mono-insaturés.

Au total, les recommandations actuelles ne semblent pas refléter les études disponibles et invitent à éliminer le plus possible les saturés de l’alimentation. En France cependant, on observe le retour à un certain équilibre : les recommandations de l’AFSSA/ANSES ont revu à la hausse en 2010 les apports conseillés en acides gras (jusqu’à 35-40 % de l’apport énergétique quotidien) et aussi en acides gras saturés (jusqu’à 12 %).

Références :

  1. Hoenselaar R. Nutrition 2012 ;28 :118-123.
  2. Rapports ou recommandations :

    • U.S. Department of Agriculture (USDA) and U.S. Department of Health and Human Services (USDHHS), 2010 ;
    • Institute of Medicine (IOM), 2005 ;
    • European Food Safety Authority (EFSA), 2010.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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