Accès aux fruits et légumes frais : le rôle des épiceries de quartier

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Malgré leurs bénéfices bien connus pour la santé, la consommation de fruits et légumes reste insuffisante dans la population généralet [1,2,3]. Pour tenter d'y remédier, de plus en plus de recherches commencent à se pencher sur l'environnement alimentaire du quartier et son influence probable sur l'alimentation.

Une corrélation directe entre accessibilité et qualité de l’alimentation

« Accès aux fruits et légumes frais : le rôle des épiceries de quartier » - Crédit photo :  © bilderbox - Fotolia.com Les précédentes études se sont surtout focalisées sur l’accès aux supermarchés et ont retrouvé une corrélation directe entre un meilleur accès et une meilleure qualité de l’alimentation [4,5,6,7]. Les petites épiceries de proximité, majoritaires dans les villes, peuvent influencer la consommation alimentaire. Ces magasins peuvent offrir des produits frais, comme les fruits et légumes, et peuvent être particulièrement importants pour les habitants à faible revenu n’ayant pas de véhicule. Peu de recherches ont examiné l’influence potentielle des petites épiceries de quartier sur la consommation alimentaire. Notre étude a examiné cette corrélation en étudiant l’accessibilité aux petits magasins, leur offre de produits frais et en regardant si ces facteurs étaient reliés à la consommation de fruits et légumes [8].

Une enquête sur les épiceries de quartier

Durant l’été 2001, quatre quartiers de la Nouvelle Orléans, typiques d’un environnement urbain mixte où les magasins de quartier avoisinent les résidences, ont été choisis. Un échantillon aléatoire d’habitants de cette zone a été questionné sur leur consommation de fruits et légumes et sur leurs caractéristiques démographiques. Toutes les épiceries de ces quartiers, ainsi que les supermarchés de proximité, ont été répertoriés. Les distances entre chaque domicile et chaque magasin ont été calculées. Des enquêtes réalisées en magasin ont porté sur la longueur des rayons dédiés aux fruits et légumes frais et sur l’éventail des fruits et légumes proposés. Des mesures de « disponibilité dans le quartier » ont été effectuées pour chaque famille en additionnant la quantité de fruits et légumes frais proposés chez les épiciers dans un rayon de 100 mètres autour de leur domicile. Des mesures similaires ont été effectuées pour dénombrer les différentes variétés de fruits et légumes dans un rayon de 100 mètres (distance correspondant à un bloc urbain).

Un tiers de portion supplémentaire par mètre de rayon de légumes

Les résultats parlent d’eux-mêmes. Nous avons en effet trouvé qu’une plus grande disponibilité de légumes frais dans un rayon de 100 mètres était associée à une plus grande consommation de légumes. Plus précisément, chaque mètre supplémentaire de rayon dédié aux légumes frais était associé à une augmentation de 0,35 portion par jour. Concernant le nombre de variétés différentes de légumes frais, un lien similaire, mais plus modeste, a été mis en évidence. Chaque nouvelle variété dans un rayon de 100 mètres était associée à une augmentation de consommation de 0,23 portions par jour. Cependant, aucun de ces indicateurs n’a montré d’association avec la consommation de fruits... Toutes les mesures ont pris en compte les caractéristiques démographiques des répondants, la possession d’une voiture et la distance au supermarché le plus proche. Aucune corrélation n’a été retrouvée entre l’accèssibilité au supermarché et la consommation de fruits et/ou de légumes.

Les résultats de cette étude préliminaire suggèrent que l’accès aux épiciers de quartier et leur approvisionnement en produits frais pourraient avoir un impact sur l’alimentation, en particulier la consommation de légumes.

Epiceries et supermarchés : des comportements d’achat complémentaires

Il est intéressant de noter, que contrairement aux études précédentes, l’accès au supermarché n’était pas relié à l’alimentation. Sans doute parce que les habitants de cette étude habitaient à proximité d’un supermarché accessible en voiture, 1,3 kilomètres en moyenne. Bien que de nombreux habitants ne possédaient pas de voiture, la majorité se rendait au supermarché pour leurs courses principales. Ensuite, ils se rendaient fréquemment chez les épiciers pour « les compléter », un phénomène également observé dans d’autres études [9,10]. Ainsi, dans notre échantillon, la proximité d’un petit magasin d’alimentation de quartier et son approvisionnement en légumes frais aurait permis aux habitants de renouveler leur stock de produits frais périssables en attendant de se rendre à nouveau au supermarché.

D’autres travaux de recherche sont évidemment nécessaires, avec un échantillon plus large et une zone géographique plus étendues, pour valider les résultats de notre étude.

Sources et références :

  1. Serdula MK, Gillespie C, Kettel-Khan L, Farris R, Seymour J, Denny C. Trends in fruit and vegetable consumption among adults in the United States: Behavioral Risk Factor Surveillance System, 1994-2000. American Journal of Public Health 2004; 94: 1014-18.
  2. Ness AR, Powles JW. Fruit and vegetables and cardiovascular diseuse: a review. International Journal of Epidemiology 1997; 26: 103.
  3. Van Duyn MA, Pivonka E. Overview of the health benefits of fruit and vegetable consumption for the dietetics professional: selected literature. Journal of the American Dietetic Association 2000; 100: 1511-21.
  4. Morland K, Wing S, Diez Roux A. The contextual effect of the local food environ- ment on residents’ diets: the Atherosclerosis Risk in Communities Study. American Journal of Public Health 2002; 92: 1761-7.
  5. Rose D, Richards R. Food store access and household fruit and vegetable use among participants in the US Food Stamp Program. Public Health Nutrition 2004; 7: 1081-8.
  6. Laraia BA, Siega-Riz AM, Kaufman JS, Jones SJ. Proximity of supermarkets is positively associated with diet quality index for pregnancy. Preventive Medicine 2004; 39: 869-75.
  7. Wrigley N, Warm D, Margetts B. Deprivation, diet, and food retail access: Findings from the Leeds ’food-deserts’ study. Environment and Planning A 2003; 35: 151-88.
  8. Bodor JN, Rose D, Farley TA, Swalm C, Scott SK. Neighbourhood fruit and vegetable availability and consomption: the role of small food stores in an urban environment. Public Health Nutrition 2008; 11: 413-20.
  9. Ohls JC, Ponza M, Moreno L, Zambrowski A, Cohen R. Food stamp participants’ access to food retailers. Alexandria, VA: Office of Analysis and Évaluation, U.S. Department of Agriculture, Food and Nutrition Service, 1999.
  10. Sokol R. [Survey of 219 low-income perlons in health and social service facilities in New Orleans.] April 2007; Unpublished data, Tulane University, New.

(J. Nicholas Bodor and Donald Rose, Département des Sciences de Santé Communautaire, École de Santé Publique et Médecine Tropicale, Université Tulane, USA - Equation Nutrition n°77 - Mai 2008)

SOURCE : APRIFEL

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