A côlon variable, menu variable

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Devant une affection aussi capricieuse que le côlon irritable, il est difficile de dégager des règles de diététique qui marchent à coup sûr. Quelques conseils peuvent être appuyés sur le bon sens et sur les données de la physiopathologie de la maladie. Mais à notre connaissance, il n'existe guère d'essais cliniques véritablement structurés qui aboutissent à des conclusions irréfutables. On reste dans le domaine de l'empirisme.

Le côlon irritable a parmi ses caractéristiques celle d’être changeant et imprévisible dans ses symptômes. Tantôt la constipation domine, tantôt c’est la diarrhée et, parfois, les deux alternent. Des semaines peuvent s’écouler sans que le patient soit gêné, puis le voilà qui est quasi terrassé par la douleur. Tout cela ne rend pas le traitement aisé. On a longuement discuté sur l’intérêt d’un soutien psychologique et de l’éviction (pour autant que cela soit possible) du stress. Des médicaments comme les spasmolytiques intestinaux ont montré leur capacité à soulager les douleurs chez un certain nombre de patients. Mais on se rend compte que des mesures diététiques sont nécessaires et c’est là qu’on se trouve devant le flou le plus déroutant, aussi déroutant que la maladie elle-même...

Si l’on consulte la littérature, on s’aperçoit qu’elle est peu loquace pour un sujet qui concerne pourtant une partie importante de la population. Ou plutôt, que chacun y va de sa petite idée. Mais on peut retenir que deux grands ordres de mesures qui sont proposées : les unes appartiennent à l’hygiène des habitudes nutritionnelles, les autres ont trait au contenu des repas.

Un peu de rituel

La prise de nourriture, on le sait, stimule la motricité du tube digestif par des réflexes normaux . On pense également, rappelons-le, que dans le syndrome du côlon irritable, le seuil de sensibilité du gros intestin est abaissé et que sa motricité est parfois trop stimulée. Si cette hypothèse, qui s’appuie sur un certain nombre d’arguments, est susceptible d’expliquer aisément la forme à diarrhée dominante, ce mécanisme n’est pas nécessairement contradictoire avec la forme à constipation, puisque la motricité excessive peut aller jusqu’au spasme. Mais une recommandations peut être proposée sur cette base : celle de fractionner les repas.

Un autre conseil peut également être tiré des hypothèses explicatives et tiendra compte, cette fois, de la composante psychologique probable de la maladie. Pour mieux la gérer, il faudra inciter le patient à prendre ses repas dans le calme, en position assise confortable, en mastiquant le mieux possible, par petites bouchées et lentement. Une atmosphère détendue est fortement conseillée, loin de tout stress. Ce rituel apaisant favorisera la détente et évitera l’aérophagie, qui ne peut qu’alourdir la sensation de distension intestinale.

On pourrait enfin proposer un troisième conseil dans cet ordre d’idée : que la personne concernée mange surtout ce qu’elle aime bien et supporte bien, tout en veillant à apporter variété et équilibre dans ses choix. La gamme des aliments est suffisamment vaste pour pouvoir trouver chaque jour de quoi respecter les principes de l’équilibre, si bien illustrés par la pyramide alimentaire.

Deux constantes

Quant au contenu de l’assiette, on retrouve dans presque toutes les prises en charge proposées, deux recommandations qui reviennent à chaque fois. La première consiste à conseiller de boire beaucoup : deux litres au moins chaque jour. Cela n’est pas très différent du litre et demi au minimum que chacun d’entre nous, malade ou pas, doit boire pour compenser ses pertes et assurer ses besoins quotidiens. C’est juste un peu plus que pour le commun des mortels. Il n’y a sans doute pas d’objection à agir ainsi, mais on ne voit pas quelles sont les bases rationnelles de cette recommandation. On pourrait même avoir un petit doute en se disant que cela fait du volume dans un intestin qui est particulièrement sensible à la distension. Mais il faut dire que, contrairement à ce que l’on croit dans le grand public, ce n’est pas au niveau du côlon que les plus grandes quantités d’eau sont absorbées. Cela se passe avant, dans l’intestin grêle et donc on ne doit pas s’attendre à voir des volumes exagérés parvenir au gros intestin.

Une deuxième constante que l’on retrouve dans les conseils nutritionnels concerne les fibres alimentaires. La quasi-unanimité est faite pour proposer d’enrichir les repas en fibres, fût-ce au prix d’un supplément. Il est néanmoins curieux de constater que d’aucuns parlent de supplémenter en son de blé (froment). Cela nous étonne, car ce type de fibres est irritant et peut aggraver les symptômes douloureux.

Certains auteurs sont plus précis et recommandent de puiser ces fibres surtout dans les fruits et les légumes. D’autres ajoutent que du son de froment peut être ajouté et que s’il n’est pas bien toléré, les substances de ballast peuvent faire l’affaire. Nous nous demandons quant à nous si ces substances, comme le psyllium par exemple, ne trouvent pas plus leur place dans les formes à constipation dominante que dans les formes diarrhéiques.

Le mieux, c’est le moins

On aura compris également que certains aliments ou boissons ne sont pas les plus bénéfiques pour le patient. Il en va ainsi des boissons gazeuses et autres soda trop sucrés ou édulcorés. Inutile de dire que la caféine aura sur le motricité intestinale un effet stimulant qui ne sera pas toujours bienfaisant. Les sucreries et autres pâtisseries ne seront généralement pas considérées comme bienvenues par le patient. Quant aux produits laitiers, ils sont à considérer avec nuance. Il va de soi en effet que si l’intrication du syndrome du côlon irritable avec l’intolérance au lactose est aussi fréquente que certaines études semblent le suggérer, mieux vaudra limiter la consommation de ces produits. Mais à côté de cela, d’autres études font remarquer que les laits fermentés, type yaourts et - pourquoi pas ? - enrichis en probiotiques, ont un effet bénéfique sur les symptômes de la maladie.

Dans la forme diarrhéique, on parle de riz, de pâtes, de viandes et de poisson grillé ou cuit à la vapeur. Par contre, les aliments trop gras, de même que tous ceux qui favorisent la production de gaz seront à éviter : légumineuses, choux, oignons, maïs et pois. Pour le reste, c’est une simple question de tolérance individuelle.

Références

(Par Dr. Jean Andris " HEALTH & FOOD " numéro 71, Mai/Juin 2005 )

SOURCE : Health and Food

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