A chacun son juste poids

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« Demain la moitié de l’humanité sera au régime et l’autre moitié aura encore faim. » Chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur de Lille, le Dr Jean-Michel Lecerf ne participe pas à la mode – saisonnière ou non – de la restriction alimentaire. Dans un ouvrage récent, il part en guerre à la fois contre l’idéal minceur et contre la stigmatisation des obèses. Et adresse aux personnes en surpoids un message nuancé, mais seul porteur d’espoir : à chacun son vrai poids ! Petit aperçu.

L’obésité est un facteur de risque de diabète, de maladie cardiovasculaire, de mortalité. C’est aussi une véritable maladie, qui à ce jour n’a pas trouvé de solution thérapeutique. On peut la soigner, la rendre moins gênante, mais pas la guérir.

Du côté des causes, on trouve la génétique, les habitudes alimentaires, l’éducation, le statut socio-économique, la sédentarité, le manque de sommeil, les difficultés psychiques, les stress… Sans oublier les régimes eux-mêmes, qui entretiennent ou même déclenchent l’excès de poids.

On peut perdre du poids plutôt vite, mais il suffit d’un ou deux ans pour commencer à en reprendre. Dix ans après un régime extrême, 95 % des patients sont revenus à leur poids initial, voire ont pris encore plus de poids. La reprise de poids est d’autant plus inéluctable que le régime est trop restrictif et déséquilibré, la perte de poids rapide et importante, l’obésité sévère et ancienne…

Le poids idéal diffère pour chacun, de même que la capacité à maigrir. L’indice de masse corporelle (IMC) n’est pas une norme absolue, mais un repère statistique. Il vaut mieux parfois ne pas trop maigrir, pour conserver son équilibre physique et psychique.

Toute réponse standard est inappropriée. Les nutritionnistes ont fait leur deuil des normes pondérales intangibles, des méthodes d’amaigrissement brutales et des objectifs impossibles à atteindre. Il est possible de maigrir, mais pas toujours, pas tous de la même façon et pas avec la même facilité.

Seul un apprentissage patient est efficace. Retrouver un comportement alimentaire normal, manger un peu moins, apprendre à gérer son alimentation, écouter les signaux de son corps… Le but est d’obtenir à la fois la satisfaction des besoins nutritifs, psycho-affectifs et relationnels : c’est-à-dire l’essentiel de ce qu’implique l’acte de manger.

Pourquoi les régimes ne marchent pas bien

En cas d’obésité, les cellules adipeuses sont trop grandes et trop nombreuses, entourées de cellules inflammatoires et de tissu fibreux. Une fois multipliées, elles ne peuvent pas diminuer en nombre, mais seulement en taille. Plus l’obésité est grave et ancienne, moins cette diminution est possible, du fait de l’inflammation et de la fibrose.

Les régimes font perdre de la graisse mais aussi du muscle. L’organisme dépense moins et au bout d’un moment il cesse de perdre du poids. Un régime très riche en protéines permet de continuer à maigrir, mais le problème est de reprendre du muscle, ce qui demande de l’exercice physique (après 50 ans, c’est impossible, on reprend seulement du gras).

Le tissu adipeux est considéré par l’organisme comme une réserve que le cerveau tend à préserver. Après régime, les cellules adipeuses ont tendance à regrossir dès que les apports alimentaires augmentent.

Les dangers des régimes

Les perturbations métaboliques et la reprise de poids, parfois supérieure au poids initial.

Le déséquilibre alimentaire et les carences en nutriments (suppression de tel ou tel aliment, régimes dissociés, etc). Il n’y a pas de bon ou de mauvais aliment, seulement des excès.

Les carences en micronutriments : vitamines C, E, B9, fer, magnésium, calcium, sélénium, fibres…

La fonte musculaire et la décalcification osseuse (activité physique, apports adéquat en protéines, calcium et vitamine D sont indispensables)

Les troubles du comportement alimentaire, la mésestime de soi, la dépression liée au régime ou à son échec

Dans l’idéal, comment ne pas regrossir

Après une perte de poids raisonnable et contrôlée, 5 moyens pour éviter la reprise de poids :

  • avoir de l'exercice physique régulier ;
  • un apport journalier suffisant en calcium, bon pour les os et les muscles, avec des effets « anti-poids » ;
  • un bon apport de protéines (80 à 100 g/jour pour les muscles et la satiété), d'origine animale et végétale ;
  • des fibres (pour ralentir le passage des aliments dans l’estomac, améliorer la flore intestinale et augmenter la satiété) ;
  • boire 1,5 litre d’eau/jour.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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