2000-2010 : 10 ans de nutrition chez les professionnels de santé

lu 2947 fois

Le 17 mai dernier a eu lieu à Paris le 1er Nutri-Débat, nouveau concept de colloque autour de la nutrition organisé par l’agence Nutritionnellement. Un événement inédit durant lequel des professionnels de différents horizons (16, pour ce 1er Nutri-Débat) sont intervenus sur un sujet nutritionnel donné avant de débattre entre eux et avec le public.

Le troisième thème abordé de ce Nutri-Débat, « 2000-2010 : 10 ans de nutrition chez les professionnels de santé », a donné lieu aux 4 professionnels d'intervenir individuellement puis de débattre ensemble et avec le public. A chacun d’entre eux, la même question suivante leur a été posée : « Dans votre exercice professionnel, que vous inspire la période 2000-2010 en matière de nutrition ? »

De diététicien à diététicien-nutritionniste, Professionnel de santé

Intervention de Isabelle Parmentier, diététicienne-nutritionniste, présidente de l’AFDN

En tant que présidente de l’Association Française des Diététiciens-Nutritionnistes, Isabelle Parmentier a livré son point de vue sur l’évolution de ce métier. Il y a 10 ans, le métier de diététicien était peu connu du grand public et des professionnels de l’alimentation. Dans un contexte où la nutrition est maintenant considérée comme un déterminant majeur de santé par les patients et les professionnels de l’alimentation, où le PNNS, le PNA etc. ont vu le jour, où les messages nutritionnels se multiplient, où les politiques viennent complexifier ces messages, où les modes de vie et l’offre alimentaire évoluent rapidement, ce métier a largement été valorisé. Le nombre de diététiciensnutritionnistes en France a cru rapidement (aujourd’hui, environ 6700 sont référencés) et ils sont reconnus Professionnels de santé depuis 2007. Les diététiciensnutritionnistes, professionnels experts en alimentation-nutrition, travaillent au quotidien auprès de tous, bien portants et malades, pour informer, former et éduquer une population de plus en plus demandeuse. Ils collaborent aujourd’hui avec de nombreux professionnels de santé et du monde de l’alimentation pour optimiser notre santé.

Sont d’ailleurs attendus à l’avenir un renforcement de la formation diététique et de la mise en valeur du métier dans tous les secteurs de l’alimentation ainsi qu’un remboursement des consultations diététiques. Prochainement, sont prévues les mises en place du PNNS 3, de programmes régionaux de santé et de recommandations nutritionnelles pour la restauration scolaire auxquels les diététiciens-nutritionnistes participent grandement actuellement.

C’est « PNNS » qu’Isabelle Parmentier a choisi pour représenter la place qu’a pris la nutrition en 10 ans, car celui-ci a joué un rôle moteur pour la profession de diététicien et pour l’amélioration de l’information nutritionnelle en général.

Un contrôle souple assure l’équilibre alimentaire

Intervention du Dr Jacques Fricker, endocrinologue nutritionniste, Attaché à l’hôpital Bichat

Dans le cadre du surpoids et de l’obésité, largement présents aujourd’hui, le Dr Fricker a mis en avant l’intérêt d’un « Contrôle souple » plutôt que d’un contrôle rigide dans la prise en charge du patient. En effet, alors que depuis 10 ans, les messages et l’offre alimentaires croissent et se diversifient à toute allure, le médecin a aujourd’hui un nouveau rôle : il doit être capable de filtrer les informations issues des recherches scientifiques et les informations diffusées par les médias et les retransmettre à son patient en prenant du recul et en s’adaptant aux besoins, aux réactions, au regard, aux habitudes et aux rythmes de ce dernier. Il peut ainsi proposer un accompagnement nutritionnel personnalisé, car, il faut le savoir, il n’existe pas qu’une seule bonne manière de s’alimenter.

Le contrôle souple consiste pour le patient à allier des connaissances de base avec son propre instinct, ses habitudes, du plaisir et de la convivialité. C’est la bonne équation pour parvenir à un équilibre et une harmonie alimentaires. Diktats, régimes extrêmes et contrôle rigide de l’alimentation conduisent à l’échec et parfois à une restriction cognitive, dangereuse dans la prise en charge du poids et de la santé (Validation of the flexible and rigid control dimensions of dietary restraint, Westenhoefer, 1999).

Nouvelle religion : maigrir à tout prix

Intervention du Dr Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste libéral, Attaché à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière

« Nouvelle religion » est l’expression choisie par le Dr Cocaul pour décrire ce qui l’a marqué en nutrition entre 2000 et 2010. Son intention était de mettre en avant la quantité de régimes, tous aussi farfelus les uns que les autres, qui ont été médiatisés ces dernières années et suivis à la lettre par de nombreux Français dans le but de perdre du poids (ex. : Dukan, The Diet, Vampire, Tahiti). Parallèlement à cela, l’existence de normes, l’individualisme naissant, la pression exercée sur les obèses, le besoin de perfection, les sources d’informations peu fiables, ont conduit la population à vouloir maigrir à tout prix. Les patients rencontrés par les médecins n’imaginent pas qu’il y ait plusieurs manières de se nourrir bien et sainement tout en perdant du poids ou du moins en n’en gagnant pas. Les régimes suivis sont souvent trop restrictifs, source de frustration, de privation, et de désocialisation, et donc d’échec ; ce qui représente peu d’intérêt dans un objectif de perte de poids.

Le Dr Arnaud Cocaul souligne alors lui aussi le nouveau rôle du médecin aujourd’hui dans la transmission d’informations et la nécessité d’exprimer de l’empathie vers son patient, d’apprendre à le connaître pour s’adapter à son fonctionnement. Se conduire de manière rigide vers un patient est le 1er pas vers l’échec.

Les Français sont « perdus »

Intervention du Dr Dominique Cassuto, endocrinologue nutritionniste, spécialiste des enfants et des adolescents

La multiplication des messages, des guides alimentaires, la médiatisation de multitudes de régimes etc. en 10 ans ont généré une confusion au sein des esprits, laissant place à un « Zapping constant d’un produit alimentaire à un autre jusqu’à trouver satisfaction, et c’est un grand danger », précise le Dr Cassuto. Les Français sont « perdus », ils doivent et veulent aujourd’hui « (ré)apprendre à manger ».

Le Dr Dominique Cassuto, qui est spécialisée dans la prise en charge des adolescents notamment, précise que ces derniers ont heureusement tendance à avoir plus de recul que leurs aînés face à cette cacophonie. Cependant, si l’obésité s’est stabilisée dans cette tranche d’âge, les adolescentes sont plus nombreuses à suivre des régimes qu’avant, ce qui a mené à une augmentation de la maigreur dans ce jeune milieu, facteur alarmant de santé.

Il est notamment nécessaire, pour remédier en partie à cette confusion, que le dialogue et l’apprentissage de la cuisine soient à l’honneur au sein des familles.

« 2000-2010 : 10 ans de nutrition chez les professionnels de santé » : le débat

Isabelle Parmentier, Dr Jacques Fricker, Dr Arnaud Cocaul, Dr Dominique Cassuto

Une question intéressante a été soulevée lors de ce débat : « les contrôles souple ou rigide sont-ils finalement imposés par le médecin ou adoptés instinctivement par le patient ? ». Le Dr Jacques Fricker a précisé que l’étude qui portait sur ce sujet était une étude d’observation et non d’intervention, ce qui aide difficilement à répondre à la question. Mais selon lui, les deux sont vrais. Les biais existants entre l’émission et la réception du message sont nombreux, il est donc important que le médecin communique le message de la manière la plus délicate et adaptée possibles à son patient.

Les quatre professionnels de santé intervenus dans ce débat ont convergé : face à une cacophonie nutritionnelle et à des réseaux d’information qui grandissent plus vite que jamais et dans un monde ou les repères sont bousculés, le dialogue, l’information, l’écoute, le recul, la souplesse sont les règles essentielles du 21e siècle pour l’ensemble des professionnels de santé vis-à-vis de leurs patients, pour diminuer l’angoisse qui se crée.

Non aux diktats et aux régimes extrêmes insensés, oui aux bases et au plaisir ! « Il faut savoir accepter aussi que la nutrition, comme toutes les sciences, soit un sujet de controverse », affirme le Dr Cassuto.

Pour 2010-2020, place à… « L’information et la communication », « la diversité » des manières de se nourrir, de se faire plaisir, des approches médicales, « l’empathie » et « le dialogue », selon les avis respectifs de chacun des intervenants.

« Les médecins qui possèdent de bonnes méthodes », citées précédemment, « vont-ils devoir se moderniser et utiliser de nouveaux modes de communication pour se faire entendre et rester crédibles, alors que les nouveaux régimes à la mode prennent le dessus sur la raison ? », se questionnent nos quatre professionnels sur leurs méthodes d’approche.

(Nutri-Débat « 2000-2010 : 10 ans de nutrition – De l’anonymat à l’excès ? » du 17 mai 2011 à Paris - Nutritionnellement)

SOURCE : Agence Nutritionnellement

Cela pourrait vous intéresser

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s