« Sain » ou « malsain », un produit de grignotage est un produit de grignotage !

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Malgré l’importance reconnue pour la santé de la consommation de fruits et légumes et leur promotion auprès de la population, en Amérique Latine comme dans le monde entier, cette consommation demeure insuffisante. Parmi les nombreux freins invoqués, on incrimine la multiplication d’aliments qui entrent en compétition avec les fruits et légumes et s’opposent à de bonnes pratiques alimentaires.

Fruits et légumes : des aliments de faible densité calorique

Partout dans le monde, l’épidémie d’obésité (et les pathologies qui en découlent), touche les personnes de tout âge, des deux sexes et de toutes conditions sociales [1]. Il devient chaque année de plus en plus urgent d’enrayer cette progression voire de l’inverser. Les aliments à forte densité calorique, comme les céréales sucrées, les biscuits, les produits de restauration rapide ou les boissons sucrées sont incriminés dans la progression du surpoids et de l’obésité [2], et il est recommandé de les limiter dans l’alimentation.

En revanche, on préconise fortement de privilégier aux repas des aliments de faible densité calorique comme les fruits et légumes, qui protègent non seulement contre le surpoids et l’obésité, mais aussi contre certains cancers et maladies non transmissibles [2]. Cependant, les fruits et légumes ne peuvent protéger de l’obésité que s’ils contribuent à réduire les aliments caloriques et les boissons sucrées de l’alimentation quotidienne. En clair, la promotion de la consommation des fruits et légumes ne peut être envisagée sans une régulation associée des produits concurrents.

Une régulation insuffisante des produits concurrents

Une des raisons de la sous-consommation de fruits et légumes par rapport aux recommandations de l’OMS (au moins 400 g de fruits et légumes [3]) est sans doute l’existence de campagnes de promotion d’aliments industrialisés caloriques, à forte teneur en sucres, sel et matières grasses. Ces actions marketing empruntent différents canaux sans conseiller aucune restriction.

En Amérique Latine, l’absence de législation pour réduire la demande d’aliments malsains est encore plus marquée qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Les campagnes des multinationales agroalimentaires sont beaucoup plus agressives dans ces marchés émergents. La principale raison serait la persistance d’une part importante d’aliments traditionnels dans l’alimentation de ces populations : ainsi, au Brésil, seulement un cinquième de l’alimentation provient de plats préparés (prêts à consommer ou à réchauffer) [4].

Du point de vue de l’industrie, une belle part de marché reste donc à conquérir pour ces produits, alors que dans d’autres pays, leur proportion déjà élevée dans l’alimentation laisse peu de marge de manoeuvre aux industriels. On comprend que, dans le scénario Latino Américain, toute réglementation qui pourrait freiner la progression des produits préparés n’est pas vue d’un bon oeil par les industriels.

Rendre les produits de grignotage plus « sains »...

Néanmoins, les fabricants de produits de grignotage tiennent à préserver leur image et ne veulent pas être associés à l’épidémie d’obésité. Ils ont donc commencé à modifier leurs produits de grignotage pour les rendre « plus sains », en réduisant leurs teneurs en sel, sucres ou matières grasses. Une telle approche peut être dommageable si elle ne s’associe pas une réglementation de la promotion commerciale de ces produits, car ce ne sont pas ces aliments en eux-mêmes qui sont en cause, mais leurs modes de consommation. Ainsi, des campagnes publicitaires pour des aliments industriels comme un cracker étiqueté « plus sain », à cause d’une réduction de sa teneur en sel, peuvent entraîner une surconsommation de ce produit et promouvoir une consommation malsaine d’un produit « sain » !

L’image des fruits et légumes est détournée

Même l’image saine des fruits et légumes est détournée pour modifier l’image des produits industriels. Dans l’étude « Où est le fruit ? », Freshfel Europe a montré que pour la moitié, les 207 produits analysés ne contenaient pas de fruits ou moins de 10 % |5]. En ajoutant un pourcentage infime de fruits et une quantité importante d’images de fruits sur l’emballage, les industriels sont capables de faire croire que ces aliments ont un meilleur goût et sont « plus sains » [6].

Le débat sur les modifications des produits industriels et la définition d’aliments industriels « sains » et « malsains » reste focalisé sur la consommation des produits de grignotage. Ce qui compte le plus pour les gros fabricants de ces produits c’est que les gens continuent à en consommer, tout en leur proposant des produits « plus sains ».

Alors que le débat s’éternise, on finit par se désintéresser d’aliments vraiment « sains », comme les fruits et légumes, et des bonnes habitudes alimentaires, comme les repas en famille ou entre amis. Ainsi, au lieu d’investir du temps et de l’argent pour la promotion de véritables aliments frais et d’habitude de vie saine, on se focalise sur la transformation d’aliments « malsains » en aliments « plus sains », réduisant les habitudes alimentaires au seul secteur du grignotage.

Références :

  1. Chopra M et al. A global response to a global problem: the epidemic of overnutrition. Bull World Health Organ 2002; 80:952-8.
  2. World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research. Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer: a Global Perspective. Washington DC: AICR, 2007.
  3. World Health Organization. Food and Agricultural Organization of the United Nations. Expert Report on Diet, Nutrition and the Prevention of Chronic Diseases. WHO Technical Report Series 916. Geneva: World Health Organization/Food and Agricultural Organization of the United Nations; 2003.
  4. Monteiro CA et al.A new classification of foods based on the extent and purpose of their processing. Cad. Saúde Pública 2010; 26(11): 2039-2049.
  5. Freshfel Europe. Where is the fruit? Freshfel Europe, 2010.
  6. Gladwell M. Blink: the power of thinking without thinking. New York: Back Bay Books, 2005.

(Fabio S Gomes - Division de l’Alimentation, de la Nutrition et du Cancer, Coordination Générale des Actions Stratégiques, Coordination de la Prévention et de la Surveillance, Institut National du Cancer, Ministère de la Santé, BRESIL - EQUATION NUTRITION n°110, Août 2011)

SOURCE : APRIFEL

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