« Le goût sert-il à quelque chose ? »

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« Le goût n'est pas la cerise sur le gâteau de la santé ! Il faut arrêter de dire « c'est bon pour la santé et en plus c'est bon au goût », car c'est justement l'inverse : si c'est bon au goût, que ça nous fait plaisir, alors cela nous réussira aussi sur le plan de la santé ».

Instinctivement les bébés s'arrêtent lorsqu'ils n'ont plus faim. « Vers 6 / 8 ans, l'enfant perd sa faculté de régulation, sans doute en raison d'une éducation alimentaire inappropriée. Il faut donc apprendre à retrouver les appels du corps, être à l'écoute de ses sensations alimentaires dont le goût fait partie ».

Aujourd'hui, l'équilibre alimentaire est mis à mal, paradoxalement, par les messages dits « de santé » diffusés par la société. « Nous voyons à travers nos patients une généralisation de la culpabilité et de l'anxiété. De moins en moins de gens mangent de manière apaisée. Il semble que près de 70% des Français exercent un contrôle raisonné sur leur alimentation au lieu d'être à l'écoute de leurs besoins physiques et psychologiques. Même dans les cantines d'enfants, les cuisiniers font la chasse au gras, au sucre et au sel au nom de ce qui n'est rien d'autre qu'une morale alimentaire. Cette diabolisation de certains aliments, les plus goûteux, aboutit en pratique à mettre tous les enfants au régime, sans la moindre nécessité ! »

« Finalement, cette « restriction cognitive » (contrôle de son poids), aboutit à l'effet inverse de celui souhaité : l'anxiété de grossir et la culpabilité de manger les « mauvais aliments » va rendre inaudibles les appétits spécifiques, les sensations de faim et de rassasiement et les dérèglements physiologique et émotionnel occasionnés vont fréquemment générer des troubles du comportement alimentaire et éventuellement des prises de poids. Ce rapport à la nourriture touche aujourd'hui de plus en plus d'hommes qui s'inquiètent de leur santé mais également de leur physique. Les hommes sont en train de devenir des femmes comme les autres de ce point de vue ! »

« Au-delà du travail sur les émotions et sur la réconciliation avec son corps, il faut réhabiliter le plaisir, retrouver le goût des aliments, réapprendre aux gens à avoir une relation déculpabilisée à la nourriture, leur proposer de se fier à nouveau à leurs sensations, redécouvrir la chaleur humaine liée à la dégustation. Il faut assumer la satisfaction d'avoir du plaisir devant un bon plat, un bon dessert, savoir le savourer, le déguster. Ce qui conduit à consommer les quantités adéquates en rapport avec ses différents appétits. N'oublions pas, aussi, que la régulation se fait non pas à l'échelle du repas mais de la semaine. »

« C'est pour cette raison que nous avons créé le GROS, Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids. En effet, pour l'instant la France compte moins d'obèses que les pays anglo-saxons, car c'est dans notre tradition d'avoir du plaisir à manger, de ne pas prendre l'acte alimentaire à la légère, et de lui consacrer le temps et l'attention qu'il mérite. Les politiques de prévention de l'obésité sont une bonne chose, mais elles devraient cultiver ce qui constitue nos points forts, au lieu de s'inspirer des politiques diététisantes, qui n'ont jusqu'à présent donné de bons résultats dans aucun pays. A ce titre la Semaine du Goût joue un rôle important, notamment dans les écoles.».

(Dr Gérard Apfeldorfer, psychiatre, co-fondateur GROS [Groupe de Réflexion sur l'Obésité et le Surpoids, www.gros.org] - Dossier de Presse de la Semaine du Goût 2007)

SOURCE : Semaine du Goût

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