« Le goût n'est pas inné, il s'éduque ! »

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Pour Natalie Rigal, psychologue, le plaisir alimentaire se manifeste très tôt : il s'éveille avec le goût puis se construit tout au long de la vie. In utero, l'enfant est déjà orienté dans sa future éducation alimentaire par ce que mange sa mère. « Dès sa naissance, l'enfant manifeste par des mimiques de plaisir une préférence innée pour le sucré et le gras avec, a contrario, un rejet de l'amer ou de l'acide (...). Tout ce qui est associé à la mère, en particulier le goût du lait, devient préféré ».

Jusqu'à 2/3 ans, l'enfant est dépendant de ce que sa mère lui donne et donc de ses goûts à elle. Vers 3 ou 4 ans, il découvre le monde, entre à l'école maternelle, a peur de ce qui est nouveau. La nourriture peut être un moyen de le rassurer : les repas familiers (frites, pâtes, purée...) sont les bienvenus. Le refus ou l'acceptation des aliments est aussi un moyen d'affirmation.

Lorsque l'enfant s'affranchit de ses parents vers l'âge de 8 ans, il réalise par ses camarades qu'il peut avoir des sensations gustatives différentes, plus éclectiques. Il individualise fortement ses goûts... ou les rend conformes à ceux de ses amis ou autres membres de la famille ! Il aime la nouveauté et le changement.

Le plaisir joue un rôle essentiel dans la sélection alimentaire de chaque enfant, il faut savoir être pédagogue afin de l'ouvrir à de nouvelles expériences gustatives. « Pour encourager l'enfant à élargir sa palette de préférences alimentaires, il s'agit de lui proposer un modèle d'alimentation dans lequel la notion de plaisir est centrale : plaisir régulé pour les aliments énergétiquement denses et plaisir construit par des apprentissages pour les aliments de bonne qualité nutritionnelle mais souvent rejetés à priori (...). Le plaisir est le garant de conduites adaptatives mises en place de façon durable ».

Pour France Bellisle, chercheur à l'INRA, il est des pratiques qu'il convient de remettre en question, par exemple « un aliment ne doit pas être une récompense : le fait de promettre à un enfant que s'il mange l'aliment A, il aura l'aliment B a pour effet d'augmenter l'attrait de l'aliment B et de diminuer celui de l'aliment A. Cette instrumentalisation est malheureusement le modèle courant d'éducation familiale ».

Vers 10/12 ans apparaît une nouvelle période : la puberté. Ces transformations physiques et psychologiques modifient également l'appareil sensoriel et surtout l'odorat. Fringales, boulimies, refus du repas traditionnel apparaissent et déroutent souvent les parents. Rien de grave, l'adolescent s'affirme.

Toutes les habitudes alimentaires sont donc conditionnées dès l'enfance et l'adolescence, par mimétisme ou par opposition. Le goût se construit à ce moment-là et va dépendre, d'une part de la famille et de son origine (région, pays, culture), d'autre part des lieux d'éducation (crèche, garderie, école). L'adulte continue à évoluer ensuite, influencé par « une part de génétique, une dose de culture et une pincée d'amour ».

(Avec la contribution de Natalie Rigal et France Bellisle - Dossier de Presse de la Semaine du Goût 2007)

SOURCE : Semaine du Goût

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