« Food miles »

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Les chercheurs ont voulu savoir si la notion de « distance des lieux de production » importait aux consommateurs lorsqu'ils achetaient leurs produits. Ils ont montré en prenant les exemples d'une eau minérale et de sel d'origine lointaine et exotique que ce qui importe aux consommateurs, c'est d'abord l'image positive de « l'exotique ». Interrogés précisément sur la distance, les consommateurs évoquent les conditions de production, mais la dépense énergétique générée par le transport des produits n'est pas prise en compte par les consommateurs.

« Food miles » On appelle « Food miles » le concept qui désigne la distance parcourue par les produits alimentaires entre le lieu de production et les lieux de consommation. Ce concept est utilisé comme indicateur du développement durable et de plus en plus comme un outil de communication à destination des consommateurs. C’est dans ce contexte que les chercheurs ont étudié la manière dont les consommateurs percevaient cette notion et si ils en tenaient compte dans leur processus de choix des produits.

La distance parcourue par les produits alimentaires s’avère en réalité un concept bien vague dans l’esprit des consommateurs. Elle est spatiale, temporelle mais aussi psychologique à tel point que les consommateurs ont le sentiment de « ne plus savoir plus ce qu’ils mangent ». Beaucoup de mouvements consuméristes d’aujourd’hui s’appuient sur ce sentiment d’éloignement et sur le désir des consommateurs de savoir où a été produit la nourriture qu’ils consomment et par qui.

Les chercheurs ont réalisé une étude qualitative auprès de deux groupes de consommateurs dans le sud de la France (Montpellier) en prenant comme produits tests une eau minérale venant des îles Fiji « Fiji water » et du « Sel de l’Himalaya » - choisis parce qu’ils évoquent la distance, mais aussi parce que des produits substituables locaux existent quelle que soit la saison.

Les résultats ont confirmé que les consommateurs ne tenaient guère compte de l’éloignement géographique des lieux de production de ces produits, qu’ils apprécient pour leur nature « exotique ». Interrogés précisément sur la notion de distance, les consommateurs se préoccupent surtout des dimensions environnementales et sociales des conditions de production. La notion de distance n’est pas pour les consommateurs une préoccupation en terme de kilomètres parcourus par le produit. Elle fait référence aux conditions de production qu’ils ne connaissent pas et sur lesquelles plane un doute. Au cours des discussions, les participants ont évoqué les produits du commerce équitable qui connaissent un certain succès notamment parce qu’ils rassurent sur cette question, mais le coût du transport et le gaspillage d’énergie ne sont pas encore des arguments avancés par les consommateurs. La dimension exotique des produits, et la part de rêves qui l’accompagne, l’emportent aisément.

Les chercheurs ont également interrogé un groupe de consommateurs de produits bio. Là-aussi la distance kilométrique n’est guère prise en compte. Ce qui importe à ces consommateurs c’est que le produit soit issu de l’agriculture biologique. Et lorsque les produits biologiques viennent de pays lointains, beaucoup vont jusqu’à dire qu’aider les pays en voie de développement en achetant leurs produits est plus important que de protéger l’environnement.

(D’après Sirieix L., G. Grolleau, B. Schaer (2008) Do consumers care about food miles? An empirical analysis in France, International Journal of Consumer Studies, 32, 508-515)

SOURCE : INRA

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