« Bien manger sans trop dépenser »

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Comment aider les publics défavorisés à bien manger sans trop dépenser ? Réunis à Lille (*), cent cinquante nutritionnistes, professionnels de santé et du secteur social, bénévoles d'associations caritatives esquissent une réponse. Compte rendu et avis de Danielle Colin, diététicienne à Lyon, receuilli par Nutrinews.

Quel est le constat des professionnels ?

Ce que nous constatons sur le terrain, dans les missions locales, les centres sociaux et les associations de quartier, confirme les études menées en France et à l'étranger : ceux qui ont des revenus faibles ou modestes ont une alimentation monotone et ne consomment pas assez d'aliments frais comme les légumes, les fruits, le lait et les produits laitiers. Une pratique confirmée par le public : « Je cuisine des légumes, mais mes enfants n'en mangent pas ». On note aussi une surconsommation d'aliments gras et/ou sucrés comme les chips, frites, fast-food, friands, pizzas, viennoiseries, bonbons, sodas : « Je ne peux pas me passer de mes bouteilles de soda ». Enfin, un penchant pour le grignotage, des repas sautés plus fréquents que dans le reste de la population et une tendance à la sédentarité.

Ces comportements alimentaires peuvent-ils avoir des conséquences ?

Commençons par une explication. Ils s'expliquent par des difficultés financières (chômage), sociales (isolement, repli sur soi, migration) ou psychologiques. Les liens entre alimentation, précarité et santé sont difficiles à mettre en évidence mais de nombreuses études françaises et étrangères soulignent les liens qui peuvent exister entre l'obésité, la faiblesse des revenus et les diplômes**. Autre risque souligné par les professionnels : une trop faible consommation de fruits, légumes et produits laitiers expose à des déficiences en vitamines et en minéraux. Enfin, une alimentation déstructurée et l'absence de repas pourraient avoir un lien avec les difficultés éducatives rencontrées par certains parents.

Comment agir en pratique ?

Les professionnels de santé et de la nutrition sont d'accord : modifier les comportements alimentaires est complexe. Pour parvenir à des résultats tangibles, il convient d'éviter les discours normatifs et les repères trop rigides. Les conseils doivent tenir compte des pratiques. Un consensus s'est fait autour de quelques pistes :

  • choisir des aliments simples comme les pâtes, féculents, légumes secs, lait, produits laitiers, pain, oeufs, légumes et fruits en conserve, tous ces aliments ayant un bon rapport qualité nutritionnelle/prix.
  • cuisiner, même a minima, les plats préparés étant généralement deux à trois fois plus chers que ceux que l'on prépare soi-même. Les ateliers cuisine proposés par les centres sociaux permettent à de nombreuses personnes de réapprendre les bases de la cuisine avec des plats simples et économiques comme la soupe, les gratins, les flans de légumes..., à travers le plaisir de la table et de la convivialité partagée.
  • limiter les viennoiseries et les boissons sucrées, qui coûtent cher et apportent des calories. Les professionnels ont pris l'exemple du goûter : face aux réactions des parents qui privilégient viennoiseries et boissons sucrées (« Du pain, du chocolat, c'est trop la honte »), il faut revaloriser le goûter simple, composé de pain, beurre ou chocolat, fruit et verre d'eau ou de lait. Une piste à suivre pour concilier économie et santé.

(*) Alimentation des populations défavorisées : comment agir ? Journée organisée par le CERIN, la Société française de nutrition (SFN) et le réseau Osean de Lille le 6 décembre 2007

(**) Insee Première février 2007

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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