Populations vulnérables : quelle démarche adopter pour lutter contre l'obésité infantile ?
FRANCE, 23 juin 2009 (Toute la diététique !)
Lancée en 1992, l'étude française de prévention santé Fleurbaix-Laventie Ville Santé (FLVS) a été menée durant quinze ans auprès de la population de deux petites villes du Nord-Pas de Calais, Fleurbaix et Laventie. Particulièrement innovante, elle avait pour objectifs d'évaluer l'influence de l'éducation nutritionnelle des enfants sur les habitudes alimentaires des familles (1992-1997) et de comprendre quels étaient les déterminants de la prise de poids (1998-2002). A travers son prolongement, le programme EPODE, elle est à l'origine de nouvelles pratiques efficaces et validées contre l'obésité infantile.
De FLVS à EPODE [1], un modèle de prévention de l’obésité infantile pour tous
La région Nord-Pas de Calais a participé au succès de l’étude FLVS en la soutenant depuis son origine en 1992. C’est également dans cette région que sont aujourd’hui présentes la majorité des villes EPODE. Publiés en décembre 2008 dans la prestigieuse revue internationale Public Health Nutrition [2], les résultats de l’étude FLVS sont riches d’enseignements : ils permettent de mieux cerner les facteurs de risque du surpoids et de l’obésité et surtout de valider l’efficacité de programmes d’accompagnement des enfants et des familles par une dynamique communautaire structurée vers une alimentation équilibrée et la pratique régulière d’activités physiques.
Sur le plan méthodologique, l’étude a consisté à comparer l’évolution de la prévalence de l’obésité dans les villes de Fleurbaix et Laventie, par rapport à deux villes témoins où aucune action n’a été menée. Cette prévalence est évaluée par l’Indice de Masse Corporelle (IMC). Les chiffres relevés lors de la seconde phase de FLVS indiquent une prévalence nettement inférieure dans les deux villes du Nord, soit 8,8 % par rapport aux villes témoins, soit 17,8 %. Autre résultat significatif, une prévalence plus faible est également constatée pour les enfants appartenant aux classes sociales les plus défavorisées : 15,2 % à Fleurbaix et Laventie, contre 26,9 % dans les villes témoins. Cette différence est également très marquée chez les enfants des classes intermédiaires (employés, artisans) avec une prévalence de 7 %, contre 16,9 % dans les villes témoins.
EPODE : un programme original et efficace pour prévenir le surpoids et l’obésité
Prolongement de l’étude Fleurbaix-Laventie Ville Santé, le programme EPODE illustre une nouvelle étape dans la prévention du surpoids et de l’obésité. Créé en 2004 à la demande de l’Association FLVS par l’agence de communication spécialisée en santé Protéines, le programme EPODE est financé par des partenaires publics et privés. Lancé dans dix villes pilotes, il vise à modifier progressivement et en profondeur, par la mise en oeuvre de principes clefs de marketing social, les habitudes alimentaires et d’activités physiques des familles.
Mené à l’échelle locale, le programme EPODE, porté par le Maire de la ville impliquée, encourage la mise en oeuvre d’actions transversales, associant les élus, les services municipaux, les institutions publiques (écoles, PMI...), le tissu associatif et différents types d’acteurs privés (professionnels de santé, secteur de la grande distribution, commerçants, restaurateurs...). EPODE conjugue à la fois des actions pérennes, menées tout au long de l’année dans les écoles, les associations et les structures de médiation sociale et des événements réguliers permettant de réunir les familles autour d’activités pédagogiques et ludiques.
Sensibiliser sans stigmatiser, convaincre sans contraindre, proposer sans imposer : telles sont les valeurs fortes qui fédèrent les acteurs d’EPODE. Si les programmes s’adressent à tous les enfants et leurs familles, certains axes ciblent plus spécifiquement les groupes sociaux les plus vulnérables. Pris dans l’urgence du quotidien, ces groupes sociaux sont moins sensibles aux messages sanitaires généraux. L’information et les actions doivent être relayées par des acteurs de proximité (acteurs sociaux, enseignants...), plus légitimes pour aider au changement des comportements.
Avec 225 villes impliquées, le programme EPODE constitue aujourd’hui une dynamique incontournable et une démarche originale qui suscite désormais un vif intérêt dans d’autres pays : EPODE est également présent en Belgique, en Grèce, en Espagne et en Australie du Sud. Le programme bénéficie d’un soutien de la Commission Européenne, permettant aux Etats ou régions qui le souhaitent de mettre en place la méthodologie EPODE en rejoignant l’EPODE European Network.
« La seule démarche d’éducation alimentaire ne suffit pas à faire évoluer les comportements auprès des enfants. Le succès d’EPODE repose sur un triptyque : une organisation locale transversale, un partenariat public-privé efficace et une forte visibilité politique assumée par l’équipe municipale. C’est cette mobilisation de tous qui permet d’obtenir de bons résultats, en particulier auprès des populations les plus exposées au risque de surpoids et d’obésité. » indique Dr Jean-Michel Borys, co-directeur du programme EPODE.
2009-2014 : de nouvelles ambitions pour la deuxième phase d’EPODE
Bien que conçue, initiée et développée par une structure privée, la démarche EPODE s’intègre parfaitement dans l’ensemble des actions menées par les pouvoirs publics pour lutter contre le surpoids et l’obésité et incarnées par le Programme National Nutrition Santé (PNNS). Le PNNS 2 (2006-2010) correspond à une nouvelle phase de la lutte contre le surpoids et l’obésité. Il s’agit de promouvoir une approche plus active et plus opérationnelle, afin de réduire concrètement les facteurs de risque pour la santé liés à une mauvaise alimentation et à la sédentarité. Cette nouvelle approche rejoint celle défendue depuis 2004 par les promoteurs d’EPODE.
Parmi les axes prioritaires, l’accent doit être mis sur les groupes sociaux les plus vulnérables. S’il n’est pas question de concevoir une approche spécifique, au risque de stigmatiser certaines catégories sociales, il est impératif d’identifier les bons leviers qui favoriseront le changement de comportement sur le long terme. Variables selon l’univers culturel, la situation familiale ou le contexte socio-professionnel, ces leviers dépendent d’une analyse fine : quels peuvent êtres les freins culturels à la consommation de fruits et légumes ? Existe-t-il un obstacle financier à la pratique de certains sports ? Quel est le poids de la reproduction parentale dans les modes alimentaires ?... Les exemples d’initiatives prises dans les villes EPODE sont multiples. Autre voie d’avenir, le rapport récent du Pr Jean-François Toussaint (Directeur de l’Institut de Recherche bioMédicale et d’Épidémiologie du Sport) appelle à la mobilisation générale pour une nouvelle offre « Activité Physique » [5].
« La première phase du programme EPODE montre qu’il est possible d’obtenir des résultats sur le long terme. À la condition de savoir mobiliser les acteurs de proximité, de leur donner les clés pour construire des projets attractifs, propres à fidéliser les publics. Pour l’avenir, la conviction d’EPODE peut se résumer à travers cette formule : favoriser des micro-changements pour susciter de nouvelles routines de vie. » précise Sandrine Raffin, co-directrice du programme EPODE.
Références :
- Ensemble Prévenons l’Obésité des Enfants
- Public Health Nutr. 2008 Dec 23:1-8.
- Programme National Nutrition Santé
- Public Health Nutr. 2008 Dec 23:1-8.
- Rapport rédigé dans le cadre du Plan National de Prévention par l’Activité Physique ou Sportive
Source : EPODE
Validé par Alexandre Glouchkoff, diététicien nutritionniste. Lien d'intérêt : Aucun
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