Fleurbaix Laventie Ville Santé : baisse de la prévalence du surpoids infantile dans le cadre de programmes communautaires développés sur 12 années
FRANCE, 15 juin 2009 (Toute la diététique !)
L'étude Fleurbaix Laventie Ville Santé a été mise en place en 1992 dans les deux petites villes de Fleurbaix et Laventie dans le Pas-de-Calais. Il s'agissait à l'époque d'évaluer l'impact d'une intervention communautaire sur l'évolution des modes de vie en termes d'alimentation et activité physique.
L’intervention a consisté dans une première phase en une éducation alimentaire des enfants dispensée essentiellement dans l’ensemble des écoles des villes par les enseignants et relayées par les médecins généralistes. Cette action a suscité un engouement dans la population et dans une seconde phase, progressivement de nouveaux acteurs sont intervenus : élus locaux, associations sportives et de loisirs, commerçants… une véritable dynamique s’est créée autour de l’équipe de coordination locale de l’étude.
La publication internationale du Public Health Nutrition fait état de l’évolution de la prévalence de l’obésité et du surpoids dans les villes de Fleurbaix et Laventie (FL) et les compare à deux villes témoins (VT) (les mêmes depuis 1992) dans lesquelles aucune action n’a été réalisée.
Pour cela les IMC (indice de masse de corpulence permettant de déterminer le statut de surpoids ou obésité) des enfants des villes de FL (600 enfants représentant 95% de la population infantile) et VT (349 enfants représentant 98% de la population) ont été suivis en 1992, 2000 et 2004.
Durant la première période, où seule une éducation alimentaire a été proposée via les écoles, on observe une discrète augmentation de la prévalence de l’obésité et surpoids des enfants non statistiquement significative (fig. 1).
Durant la seconde période caractérisée par une dynamique communautaire et l’implication de nombreux acteurs locaux, on observe une diminution très sensible de la prévalence de l’obésité et surpoids à FL (8.8%) en comparaison aux VT (17.8%) (fig 1). Cette dernière prévalence correspond à la prévalence observée en France à la même époque. Les auteurs ont par ailleurs analysé l’évolution de la prévalence de l’obésité et surpoids en fonction du niveau socio économique des parents. En effet l’obésité est une pathologie liée en partie à ce facteur social. Les populations les plus défavorisées sont les plus concernées par l’obésité des enfants.
Ceci se vérifie à FL où la prévalence de l’obésité varie de 5.6% dans les catégories de cadres et au-delà (Classe 1) à 7% dans les classes intermédiaires ou classe 2 (employés, artisans) et 15.2% dans les classes sociales les plus défavorisées ou classe 3 (sans emploi). Dans les VT, les différences sont beaucoup plus marquées dans les classes 2 et 3 avec une prévalence quasi double de celle de FL : 16.9% dans la classe 2 et 26.9% dans la classe 3. De manière particulièrement intéressante, la baisse de la prévalence de l’obésité et du surpoids de l’enfant a bénéficié aux populations les plus vulnérables (fig. 2).
Les auteurs concluent que sur une longue période, il est possible de diminuer la prévalence de l’obésité et surpoids de l’enfant par une mobilisation communautaire. Cette mobilisation est efficace quelque soit le niveau socio économique.
Les perspectives
Ces résultats ont constitué la base de réflexion de la démarche EPODE en identifiant les facteurs clés de succès de l’approche communautaire : importance de l’impulsion politique, de l’évaluation scientifique, de l’ingénierie de projet et du partenariat public-privé. L’approche préventive globale avec un focus sur les populations vulnérables est non stigmatisante et permet un accès au plus près de la population en identifiant freins et leviers pour modifier les comportements dans un sens favorable à la santé. Cette approche relayée à travers EPODE ambitionne d’aider efficacement les populations les plus vulnérables par une mobilisation sociétale faisant évoluer les normes sociales.
Références :
Analyse de la publication de l’étude Fleurbaix-Laventie Ville Santé (Public Health Nutr. 2008 Dec 23:1-8.) - Monique Romon [1], Agnès Lommez [2], Muriel Tafflet [3], Arnaud Basdevant [4], Jean-Michel Oppert [4], Jean-Louis Bresson [5], Pierre Ducimetière [3], Marie-Aline Charles [3] et Jean-Michel Borys [2]
- CHU Lille 2, Service nutrition, EA2694, Faculté de Médecine, Place de Verdun, F-59045 Lille Cedex, France ;
- Association Fleurbaix-Laventie Ville Santé, France ;
- INSERM Unité 780/Université Paris Sud, Villejuif, France ;
- Université Pierre et Marie Curie / Département de nutrition, Hôpital de la Pitié-Salpétrière (AP-HP)/Centre de Recherche en Nutrition Humaine (CNRH-Idf), Paris, France ;
- Hôpital des Enfants Malades, Paris, France
Validé par Alexandre Glouchkoff, diététicien nutritionniste. Lien d'intérêt : Aucun
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